Barcelone, City guide

10 rencontres sur La rambla

juillet 4, 2013

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Dimanche – 07:00 – La Rambla
Il ne fait pas encore jour que la Rambla est déjà blindée. Y’a plus de doute, la saison touristique 2013 commence. C’est l’occasion d’écrire un petit billet de mauvaise humeur tiens…

L’endroit le plus infernal de Barcelone, c’est bel et bien cette avenue. Pour avancer il faut avoir fait l’école de rugby, sinon t’es mort. En pleine mêlée tu auras l’occasion de rencontrer plusieurs espèces. Les voici :

1- les Anglaises
Elles sont venues en masse enterrer la vie de jeune fille de leur pote. Elles sont blondes, ultra-maquillées, micro jupe et maxi bool. Très soudées, elles se tiennent les cheveux pour vomir et portent celles qui sont à la dernière étape avant le coma éthylique. Si elles sont pas trop vodkanisées, elles sont sympas.

2- les Français
Les « gavachos », surnom donné par les Espagnols, parlent fort et en français. Et sont bien évidemment persuadés d’être les seuls francophones en ville. Les « matte cette meuf comme elle est bonne », « ce con de serveur n’est pas capable de comprendre ce que je lui dis, des patatas bravas sauce light c’est pas compliqué quand même » et « Kevin prend en photo le gros monsieur là » et « en France on fait quand même les choses mieux » sont donc monnaie courante. Potentiel sympathie 0/10. Le Français est là pour se payer un weekend pas cher, est persuadé que l’Espagne est un pays du tiers monde, qu’il va pouvoir se payer un resto à 4 euros et traite le serveur de voleur quand le mojito dépasse les 3 euros.

3 – les professionnelles
Ton charme fait frémir toutes les filles que tu croises, elles te sifflent, s’accrochent à ton bras et te soufflent des propositions indécentes au creux de l’oreille. Tu te prends pour Ashton Kutcher, c’est le paradis… Reprends-toi jeune naïf, ton nouveau parfum Paco Rabanne n’a rien à voir avec ça! Tu viens juste de rencontrer les prostituées et en tant que clubbeur éméché tu es leur victime préférée. Sors ta carte bleu si tu veux passer une nuit magique.
Baskets Victoria ou ballerines blanches, slim taille basse trop serré, sweet à capuche « I

4 – les travestis
Maquillage à la truelle, talons vertigineux et mini robe tube à paillettes, le glamour digne du festival de Cannes. Ce sont leurs gros bras musclés et leur pointure 44 qui les trahissent. Ils sont tranquilles, sans doute les plus discrets sur cette avenue grouillante. Les Silvester Stalone déguisés en meufs ont élu leur zone à l’angle de la rue Carme. Ces oiseaux de nuit ne sortent qu’à des heures très avancées.

5 – les Espagnols
Oui il y a quand même quelques locaux sur cette avenue cosmopolite. Très facile à repérer, l’Espagnol arbore la fameuse coupe mulet. La coupe mulet n’est plus en vogue depuis 1994 et elle est pourtant encore visible sur 40% des têtes de nos chers churros (gentil surnom donné par le français en réponse au « gavacho »). Pour les plus rebelles on peut trouver la variante: le mulet dreadlocks et les Buffalo compensées. La Potentiel chômage 80%, si tu n’es pas intermittent du spectacle le mulet n’est pas conseillé. Les Espagnols se déplacent en bande, leurs endroits de prédilection sont les coins de rues sombres, les porches, les escaliers. Ils sont assis au sol, en cercle et là s’adonnent à leur activité préférée: le « botellon ». Cette pratique est très largement répandue, il s’agit de boire de l’alcool de mauvaise qualité et en grande quantité. Les spécialités sont le kalimutxo fait avec du vin rouge qui tache, et du cola Lidl tiède ou la bière Estrella achetée par pack de 6 canettes aux pakis rencontrés dans la même zone. Les Espagnols n’interagissent que très rarement avec les autres espèces présentes, à part pour des pratiques bien définies: les pakis pour acheter des bieres ou de la drogue, les Français, touristes pour taxer des clopes, et la guardia involontairement lorsqu’ils se prennent des amendes pour consommation d’alcool dans un lieu public. Les pickpockets avertis ne les importuneront pas sachant qu’ils n’ont rien à prendre.

6 – les pakis
Le paki ou vendeur ambulant illégal est reconnaissable à son bruit. Si vous avez déjà entendu sur la Rambla « cerveza beers, cerveza beers, .. », ceci à l’infini et sur la même hauteur de ton, alors vous avez déjà rencontré un paki. Le paki a une réactivité marketing qui ferait rougir n’importe quelle entreprise dans le domaine. En début de soirée un paki peux vous proposer des bières, de la marijuana, un peu plus tard un large éventail de drogues, et encore plus tard des sandwichs, des samosas pour ceux qui ont faim, des lunettes qui clignotent, des colliers de fleurs pour ceux qui sont ivres, et des fleurs pour ceux qui veulent chopper. Les jours de soleil ils vous proposeront des lunettes de soleil, des paréos et si un nuage passe et qu’il se met à pleuvoir ce sont des parapluies qui vont sortir de leur manche. Le paki ne connaît pas les jours fériés, ni les 35 heures de travail hebdomadaire ou encore moins le dimanche. Il est là quand les Espagnols, les Français, les touristes, les Anglaises et les statues en ont besoin, n’importe où n’importe quand. Il se volatilise quand la guardia, son plus grand prédateur, apparaît. Potentiel service rendu: 100%.

7 – les groupes de touristes
Dans la mêlée, où on se débat pour tenter de traverser l’avenue, l’espèce la plus coriace est incontestablement le groupe de touristes. Potentiel ralentissement: 90% Heureusement il est facilement reconnaissable: tête en l’air, appareil photo, le combo bermuda à poches/sandales/chaussettes/sac à dos Quechua, vitesse de marche proche de 0,82 km/h. Globalement avec cette espèce il n’y a rien à faire, juste attendre que ça passe. Même si la tactique sorry, perdon, perdona, pardon,… est quelquefois utilisée, elle ne garantit pas du tout la réussite de la traversée de cette zone difficile.

8 – les picpockets
Le pickpocket apostrophe sa victime pour lui demander l’heure, la bouscule et il est déjà trop tard. I-phone et porte-monnaie Mickey ne sont plus là. Victimes préférées : les touristes, les Français, les couples. Il s’agit du cauchemar des autres espèces, la plus difficile à identifier. Seuls les Espagnols savent s’en méfier.

9 – la guardia
C’est l’espèce reine déchue dans cette jungle. La guardia était à une autre époque là pour assurer de l’ordre et de la justice. Gilet jaune, matraque et flingue à la ceinture, ils sont les cowboys des temps modernes barcelonais. Leur technique favorite est l’alignement de manche: mettre des amendes à ceux qui ont une bière à la main (les Espagnols). Ces derniers sont bien les seuls à encore se méfier de la guardia. Elle est désormais bien dépassée et impuissante devant les pakis et les pickpockets qui force d’une expérience de plusieurs années ont développé un instinct de survie hors du commun, ils sont plus rapides et malins qu’eux. Quand elle ne chasse pas l’Espagnol, la guardia passe le reste de son temps en compagnie des pros du trottoir ou des statues.

10 – les couples
Vous pourrez trouver de nombreuses variétés de couples sur la Rambla. Des couples amoureux, des couples-dispute, des couples ado, des couples touristes. Le couple est inoffensif pour toutes les autres espèces, il ne prêtera pas attention à l’environnement hostile qui l’entoure. C’est pour cela qu’il est l’une des proies préférées des pickpockets qui peut le dépouiller sans crainte. Chaque variété a son intérêt: les mignons, les énervés, les ventousés, les ado…

Cette liste est bien sûr non exhaustive, j’aurais pu parler des erasmus, des barcelonais, des statues vivantes ou des clochards. Toute suggestion pour compléter cette liste est bienvenue!

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3 Comments

  • Reply Lena juillet 24, 2013 at 1:25

    Ah ah ah j’adooooore !!! Tu devrais te recycler dans l’écriture de guides touristiques !! Muaaack ma malle ! <3

  • Reply Chris septembre 5, 2015 at 10:27

    Vous avez parfaitement décrit les habitants de cette rue, j’en ris encore!
    Un grand bravo, vous avez du talent d’écriture!

    • Reply Malabarbara septembre 10, 2015 at 8:23

      Merci Christophe 🙂

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